Les règles au naturel

A la base, avoir ses règles, c’est gratuit.

Lorsque l’on s’est fait attrapper par les protections jetables depuis son adolescence, on doit payer chaque mois ses protections et on finit par se dire que oui c’est cher. Dans ces circonstance, on constate aussi que oui il y a une forme d’inégalité pour les femmes et une grande précarité menstruelle dans le monde.

En pratique, ces protections sont produites par 4 grandes multinationales qui se partagent 3 milliards de dollars de bénéfices annuel sur les protections menstruelles, et même si elles font parfois des “cadeaux” ou semblent vouloir lutter contre la précarité menstruelle, en fait ces firmes vivent de cette situtation et ces 3 milliards de dollars, c’est notre argent.

Il est normal qu’un produit jetable soit cher, il coûte du travail et des ressources à être produit puis à être éliminé proprement. C’est donc un coût pour les personnes et pour l’environnement. Demander aux gouvernements de financer plus de protections jetables – avec nos impôts distribués aux multinationales – n’est peut-être pas la solution, d’autant que ces protections ne sont pas forcément bonnes pour la santé, pour l’autonomie personnelle et pour le moral.

Ce que l’on peut attendre des gouvernements, ce sont plus de toilettes publiques accessibles, avec une douchette WC, des services pour nettoyer les serviettes jetables pour les femmes SDF qui sont les premières victimes de la précarité menstruelle et peut-être d’autres idées menant à plus d’autonomie et soutenant le commerce local.

Face aux défauts des protections jetables, les alternatives deviennent de plus en plus populaires, les tampons sont ne font plus que 5% de part de marché, la cup ou coupe menstruelle ayant largement pris le dessus, les serviettes, culottes et string menstruels lavables sont aussi de plus en plus à la mode. Enfin, le flux instinctif, ou free flow, ou continence menstruelle, vient compléter les solutions lavables, afin d’avoir de moins en moins de lessives à faire.

Devenir autonome, c’est pouvoir faire soi-même ou réparer soi-même. Vous pouvez créer vos protections lavables ou les acheter à un-e artisan couturier-e local-e.

Devenir autonome, c’est pouvoir faire l’expérience d’une libération et de plus de créativité. C’est vous qui découvrez votre corps, qui créez votre propre méthode, vos petits rituels et habitudes pour vous sentir bien chaque mois.

Aux Etats-Unis, il existe un mouvement appelé « free flow instinct », le flux libre instinctif. C’est ce que je souhaite partager avec vous ici, d’après ma propre expérience.

Le concept est simple : on s’entraîne à sentir quand il faut aller aux toilettes pour y faire couler un maximum de sang plutôt que dans la protection. Ca commence par rester un peu plus de temps aux toilettes après avoir fait pipi et se détendre deux minutes. Le sang ne coule pas en continu mais plutôt par vagues.

Devenir autonome, c’est augmenter ses propres facultés. En laissant les protections internes, on commence à sentir ce qui se passe à l’intérieur – je ne parle pas des douleurs ! ça on les sent avec ou sans protection – je parle de sentir le flux de sang : peu à peu, on sent quand c’est le moment d’aller aux toilettes, et on peut ainsi évacuer proprement le sang et se rincer. Fini les odeurs, fini les couches collantes et humides sur la peau ou les tampons usagés si moches à voir. Le sang qui coule naturellement est propre et n’a pas d’odeur : on retrouve un rapport paisible avec ses règles et avec son corps.

Avec le temps, on finit par bien sentir et ne plus avoir besoin de protection – si on peut aller aux toilettes ou dans la forêt – ou alors juste une toute petite protection “au cas où”. Le sang peut s’arrêter de couler la nuit, ce qui est très pratique si on avait des taches avec l’ancienne méthode des serviettes jetables.

On peut toutes, sauf exception, apprendre à maîtriser l’écoulement des règles vers l’extérieur.

Comment j’ai découvert le Free Flow

J’ai commencé à me passer d’arsenal anti-règles sans savoir que c’était possible, c’était le simple hasard d’une sortie sans « équipement », une balade à la montagne et l’imprévu de mes règles qui arrive ! J’étais bien embêtée ce jour là de me retrouver dans la nature sans aucun tampon ni serviette. J’étais loin de chez moi, j’ai continué à marcher en espérant ne pas avoir trop de tâches.

Sans protection ou assistance, mon corps a pris le relais ; et au moment de rentrer le soir, là où je m’attendais à une énorme catastrophe rouge, il n’y avait qu’une petite tache. Je décidais donc de continuer l’expérience les jours suivants, chez moi, pour voir si cela continuait de fonctionner. Et ça a marché !

Dès lors, j’ai continué à me passer de protection. Je terminais mon master cette année là. Il me suffisait d’aller aux toilettes entre mes cours, dès que je le sentais nécessaire. Maintenant, au fil du temps ma maîtrise s’affine, je peux dormir sans aucune « protection » ni soucis (parfois en me levant une fois dans la nuit, les deux premiers jours).

Si j’écris cet article c’est pour partager mon plaisir de sentir et de développer une faculté personnelle et naturelle ! On a également une grande satisfaction à prendre le contrôle tout en apprenant à écouter son corps ! Enfin quelle liberté de n’avoir plus à se soucier d’acheter des produits, à les utiliser, à les avoir sur soi quand il faut…

Imaginez une société où les parents n’apprendraient pas à leurs enfants à se passer des couches, on devrait en porter toute notre vie ! Dans ce sens, les femmes adultes restent dépendantes un quart de leur temps, une semaine par mois, d’une industrie qui leur « facilite » la vie et leur enlève toute idée d’autonomie.

Ironie du sort, la faible musculature du périnée serait aussi liée à l’incontinence, un problème qui touche principalement les femmes ! Ainsi, après la ménopause, les protèges-slip sont parfois remplacés par des couches pour pertes urinaires ! Ces couches sont d’ailleurs vendues par les mêmes firmes, Procter&Gamble est propriétaire de Tampax, Always, Pamper’s…

Il y a peut-être encore d’autres raisons (pratiques, philosophiques, politiques, écologiques, hygiéniques, économiques, sanitaires) d’apprendre à maîtriser ses règles mais je ne vais pas écrire une thèse, à chacune d’expérimenter elle-même, si elle en a l’envie ou la curiosité !

Comment passer à l’action?

La méthode est simple: le mois prochain, si vous êtes chez vous ou dans un endroit tranquille équipé de toilettes, ou dans la nature sauvage, ne mettez simplement pas de protection valable (porter des sous-vêtements noirs et un pantalon ou une jupe noire, un peu de papier toilettes ou un tissu à laver). L’idée est que vous soyez conscientes de n’avoir pas de protection habituelle valable, pour que votre corps prenne le relais. Les muscles finissent par se contracter inconsciemment (sans exagérer, c’est pas du fitness).

Je ne suis pas scientifique, et j’aimerais beaucoup en savoir plus sur comment cela fonctionne. Ainsi, je ne peux parler que de mon expérience personnelle et de discussions avec d’autres femmes. 

Au début, je croyais que le muscle que j’utilisais était le périnée. Après avoir re-observé mon ressenti et discuté avec une amie étudiante en médecine, je pense maintenant que le périnée n’est pas fondamental dans la continence des règles. A mon avis, plusieurs muscles interviennent. C’est pourquoi je sens que le sang ne coule pas de manière continue mais par phases. L’utérus est fait de différents muscles, on l’appelle le myomètre, le sang est d’abord retenu en hauteur, puis, seulement au dernier moment, il dessend jusqu’au périnée, la porte de sortie. A ce moment, il ne faut pas attendre car le périnée n’est pas une porte blindée, il faut aller sans tarder aux toilettes.

Ainsi, lorsque vous tentez de contracter à l’intérieur durant vos règles, au bout d’une heure ou de plusieurs heures, vous sentez qu’il y a du sang à évacuer, de même que vous le sentez lorsque vous voulez faire pipi. À ce moment, allez aux toilettes et délassez-vous.

La confiance augmentant, la nuit, le flux se met souvent au repos, de même que vous ne faites pas pipi au lit. Vous pouvez avoir envie de mettre un linge sur votre lit au cas où, ou du papier ou une autre faible protection. La capacité des muscles lorsqu’on les utilise est impressionnante, par exemple, en dormant, quand j’étais ado et que j’utilisais des serviettes jetables, j’ai souvent taché le lit. Aujourd’hui, paradoxalement, sans protection je n’ai plus de taches, le sang est retenu et je l’évacue lorsque je me réveille la nuit ou le matin au lever. C’est comme si le sang coulait davantage quand il y a une protection, ça m’a beaucoup étonnée lorsque je l’ai constaté.

En moyenne, je dirais qu’il faut aller 5 à 8 fois aux toilettes le premier et le deuxième jour, ou toutes les 1, 2 ou 3 heures, et les jours suivants ce sera surtout le matin au lever et en allant faire pipi.

J’ajoute qu’il n’y a pas d’odeurs, vu que le sang ne macère pas dans du plastique, ce qui est très agréable par rapport aux serviettes dites « hygiéniques ». Pour moi, ce qui est magnifique avec cette méthode, c’est que le sang reste propre, au lieu de devenir un déchet sur un tampon ou une serviette.

Est-ce dangereux?

Vous pouvez vous demander si c’est dangereux, j’ai posé la question à ma gynéco, elle a dit que je musclais mon périnée ce qui est était une très bonne chose. Pour ma part, je considère que retenir son sang quelques heures, n’est pas plus grave que de retenir son pipi. Dans les tampons et les mooncup le sang reste également dans le corps et beaucoup plus longtemps. D’autre part, si les muscles le permettent, de manière naturelle et sans efforts (si ce n’est un effort culturel) alors je ne vois pas de danger, et même au contraire, nos capacités sont là pour être utilisées !

Enfin, cela évite d’introduire des objets qui peuvent ne pas être totalement propres dans son corps. Cela évite aussi d’avoir en soi, pendant des heures, des tampons blanchis au chlore et laissant des résidus de dioxine (considéré comme cancérigène par l’OMS). Ces substances sont accumulées dans le corps car les muqueuses du vagin sont très absorbantes.

Reprenons le contrôle de notre corps

Vous verrez qu’en testant vos capacités, vous les développerez. Vous affinerez vos sens et votre perception, ainsi que la connaissance et la maîtrise de votre corps. C’est aussi un peu d’amour que vous vous donnez : les femmes ont leurs règles et ce n’est pas une maladie ni une faiblesse. Cela peut devenir un moment intéressant, un moment beau, un moment où l’on est fière de découvrir ses capacités ou d’expérimenter quelque chose de nouveau.

Ne laissons plus les industriels gérer notre corps, reprenons le contrôle !

(article revu et originalement publié sur l’ancien blog de Léna Abi Chaker : voir free flow instinct ou flux instinctif libre)

—  Notes  —

1 Histoire médicale de la menstruation à la Belle Époque, J-Y Le Naour et C Valenti.

2 History of underwear, Mike Repplier.

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Prochainement, je proposerai des ateliers

Dans la région de Lausanne, Genève, Yverdon, Vevey.

N’hésitez-pas à me contacter si vous êtes intéressé(e).